LA TIJANIYA : UNE VOIE SOUFIE VERS L’OMEGA SPIRITUEL

Entre connaissances métaphysiques et amour, la tijâniya : une voie soufie vers l’oméga spirituel

Tous les chemins mènent à Dieu, disent les soufis. Un autre adage dit qu’il y a autant de voies que de fils d’Adam. Voilà ce qui pourrait expliquer le fait que l’histoire a connu autant de voies spirituelles. Si les akbariens fondent leur Voie sur la pensée et l’œuvre métaphysique d’Ibn Arabî, Rûmi quant à lui, a  initié ses adeptes à la voie de l’amour spirituel qui se traduit au travers de sa fameuse danse cosmique. D’autres soufis, tel Que Jârîrî, affirment que le soufisme est seulement synonyme de l’éthique. Mais qu’en est-t-il de la Voie d’Ahmad Tidjânî ? Que propose le Maitre qui aurait été le Sceau des Saints, dont la Voie comme l’écrivait Amadou Hampaté Ba « représente la somme, ou la quintessence de toutes les turuq qui l’ont précédée depuis l’apparition de l’islam » ?

Notre connaissance, très limitée, nous oblige à ne pas vouloir faire une présentation complète de la Voie. Ceci serait même vouloir compter chaque goute d’eau de l’Océan Atlantique.

En tant que Voie synthétisant toutes les autres, la tijaniyya regroupe tous les domaines du soufisme. Du point de vue métaphysique, à l’exception d’Ahmad Tijânî, aucun saint (à notre connaissance) n’a jamais dit que « j’étais Allié de Dieu (walî), en y étant conscient, alors qu’Adam était entre l’eau et l’argile ». Une autre phrase de notre Maitre « qu’Allah l’agréé » montre aussi que Sa Voie est celle de la Fitra (de la Nature Pure Primordiale) ; « tous les saints se sont abreuvés de mon flux spirituel,  depuis Adam jusqu’au jour du jugement » ; « mes deux pieds que voici (la khatmiyya et la katmiyya), dit encore le Maitre, sont sur les nuques de tous les saints ». Nous refusons d’exposer toute la métaphysique relative au statut et à la fonction du Maitre (d’ailleurs nous ne le connaissons pas, et puis toutes les choses ne sont pas bonnes à dire), mais nous tenons à affirmer que la fonction occupée par le Maitre est celle d’intermédiaire entre les esprits des hommes et la Réalité muhammadienne.

Amener le disciple à la Présence divine (al-hadra al-ilâhiyya), via la Réalité Muhammadienne (al-haqiqa al-muhammadiyya), et via la Réalité Ahmadienne (al-haqîqa al-ahmadiyya) constitue le projet de la Voie. Se basant sur le Coran et La Sunna (à noter que le Cheikh était spécialiste de l’exégèse du Coran et de la science des Hadîth avant d’avoir l’Illumination Ultime), le Maitre a transmis à l’humanité une Voie qui purifie les cœurs, absorbe l’aspirant dans la Réalité Ultime du Messager, et le ramène à l’État de Pauvreté spirituelle lequel comme nous l’a transmis Alî Harazim Barada, secrétaire du Maitre et l’auteur de Jawâhir al-ma‘ânî, représente l’étape finale du cheminement spirituel.

La Voie, d’une manière générale, se base sur l’invocation (dhikr), avec des formules extraites du Livre Saint. Après avoir récité la Fâtiha qui est la clé des Miséricordes divines, le disciple Tijâne commence par ce que les soufis appellent al-takhallî, qui consiste à se débarrasser de toutes ses saletés par l’istighfâr. L’orant passe ensuite par al-tahallî, se vêt des attributs muhammadiennes grâce à la ṣalât al-fâtiḥa. La destination finale est al-tajallî, l’étape d’al-haylala (la récitation de lâ ilâha illa Allah), où l’aspirant défile en la Présence divine. Pour remercier le Messager qui l’a ramené à ce Stade de Réalisation spirituelle, le tîjânî fait une marche arrière (dans la wazîfa) pour repasser par la Hadrat al-muḥammadiyya (Présence muhamadienne dans la Réalité Muhammadienne) qui se traduit dans la Perle de la Perfection, Jawharat al-kamâl. Avec les séances de hadrat al-jum‘a, le cheminant se noie dans l’Océan de Tawhîd.  A noter que toutes ces stations ne sont que pour les masses de la Voie, quant aux élites de la tarîqa, leurs dimensions surpassent notre intellect.

En dehors de la Métaphysique, la Voie a un autre visage d’Amour mystique, dont Rûmî était une des figures majeures. Etant une Voie muhammadienno-ahmadienne, le disciple s’abreuve des réalités ultimes grâce à l’amour qu’il porte aux tenants de ces deux Fonctions. N’est-ce pas grâce à l’amour qu’Ibn ‘Arabî al-Damrâwî al-tazî portait au Maitre que le Messager venait le voir quotidiennement à l’État de Veille ? L’amour pur envers le Maitre et envers le Messager constitue toute une littérature de la Voie (Qui pourrait être pistes de recherches académiques).

Voilà que le fondateur de la Voie nous parle lui-même de l’amour : « Sache que l’amour du Prophète est le degré que se disputent les compétiteurs et pour lequel œuvrent les hommes d’action, que, pour obtenir la science qui s’y rattache (…). Il est la nourriture des cœurs, l’aliment dont vivent les âmes, les délices des yeux. Il est la lumière de  quiconque perd, s’abime dans l’Océan des ténèbres. (…) Il est l’âme de la foi, des œuvres, des Stations et des Etats. Quand ceux-ci en sont dépourvus, ils restent tels des corps sans vie. Il est le véhicule qui convoie les Œuvres des voyageurs spirituels vers cette : « cité qu’ils n’auraient atteinte qu’avec peine de l’âme »  (sourate les Abeilles, verset 7)  qui les transporte vers de hauts degrés auxquels ils ne seraient jamais parvenus sans Lui (…). Il est la monture sur laquelle ils voyagent chaque nuit vers leur Bien-aimé et la voie directe qui les ramène à leur prime lieu de résidence. J’en jure par Dieu que ces Gens-là ont avec eux la dignité et l’honneur d’ici-bas et de l’Au-delà car ils ont obtenu, par Amour qu’ils portent à leur cher Bien-aimé, la plus substantielle et la plus belle part. Car il a plu à Dieu, le jour où il décida des destinées de Ses créatures, par Sa Volonté et selon Sa haute sagesse, de faire que chacun serait avec celui qu’il aime… » (Passage extrait de jawâhir al-ma‘ânî).

Le projet de la Voie n’est pas seulement le fanâ’ qui consiste à ne voir que Dieu, mais après cet État, le Maitre veut que le disciple revienne à l’État d’al-baqâ’, qui correspond à voir Dieu en tout. Pour ces raisons, le Maitre n’a même pas oublié de s’occuper du bien-être de ses disciples. En tant que soufi, maitre et  « écologiste », le Cheikh va jusqu’à faire de l’interdiction du tabac une des conditions pour que l’intégration de la Voie soit possible. La Voie, nous l’avons vu, est aussi une Voie d’amour, et pour aimer autrui, il faut passer par s’aimer soi-même. Détruisant le cœur, qui est le membre de l’Amour, l’Homme ne pourrait jamais aimer L’autre.

Faire une liste de ce qui caractérise la Voie serait une mission impossible, mais nous tenons à dire que toute la Voie se conforme à la Loi. « Si après ma disparition disait le Maitre, on vous rapporte un dire jugé provenir de moi, regardez-le avec le l’œil du Coran et de la Sunna. S’il va à l’encontre de la Loi, je le réfute dès maintenant ».

Entre Métaphysique et Amour, le Maitre nous montre un chemin qui est Un Pôle d’attraction et Une Voie Soufie menant à l’Oméga Spirituel.

Qu’Allah vous bénisse,

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