Les quatre oiseaux de l’âme

Les poémes de Djalâl ad Dîn Rûmi, sont constitués de symbolique et de sens caché ou double sens des mots. L’oiseau y est le symbole de l’âme en quête de Dieu.  « ku! ku ! » chante l’oiseau en persan « où ? où ? » entendu « où est Dieu ? ». Ou encore «  hu! hu ! », une contraction de l’arabe « huwa » qui signifie  « Lui ! Lui ! »  c’est à dire Dieu .

Dans l’univers de Rûmi tout se fonde sur la quête de l’Absolue, tout se mû par amour. Dans le Mesnevi chaque conte à une morale et un enseignement. Pour lire Rûmi, il faut se laisser guider par la beauté du texte, entrer dans son univers sans préjugé, et se laisser guider par son coeur. Rûmi nous apprend à changer de regard, saisir les signes de l’au-delà des signes. Son imagination  nous fait rentrer dans un monde spirituel.  L’imagination qui est une jonction entre ce bas monde et le monde spirituel. Les images sont des formes incorporelles perçues par l’esprit  et le coeur, qui revoient à la réalité essentielle (Haqîqa) de ces formes.

« Dépose le monde tel qu’on le connais, li avec le coeur, découvre un nouveau langage ».

O toi ! Tu es l’Abraham de notre temps. Toi aussi, tu dois égorger quatre oiseaux qui, tels des bandits, de grand chemin, font obstacle à ta route. Ils crèvent les yeux des hommes sensés. Il y a dans le corps humain quatre attributs correspondant à ses oiseaux. Si on les sacrifie, la voie de l’âme se libère. O Abraham ! Égorge-les, si tu veux que tes pieds soient déliés. Si tu désires ressusciter le peuple et le rendre éternel, tu devras les égorger vivant! Ces oiseaux sont le paon, le canard, le corbeau et le coq. Le coq représente le désir charnel, le paon la vanité, le corbeau le désir de longévité et le canard l’avidité. (1)

Le coq envieux, le paon prétentieux, le corbeau possessif, le canard pressé, tue-les et fais les revivre autrement, changés et bons. (2)

Les quatre oiseaux qui barrent la voie sont en réalité quatre caractéristiques corporelles, les sacrifier permet à l’âme de s’élever.

Les quatre oiseaux immatériels qui barrent la Voie ont élu domicile dans le coeur des hommes. Ce sont en réalité des images de quatre mauvaises dispositions dans le coeur de l’Homme. Sacrifiez ces quatre oiseaux pour passer de la vie animale, à la vie spirituelle.

Le canard représente la cupidité, le coq la luxure, le paon et son arrogance et le désir de l’immortalité du corbeau.

Voila quatre extraits qui montrent leur symbolique :

 

*Le Paon

  Le moment est venu de décrire le paon qui se pavane. Son seul souci est de capter l’attention d’autrui sans même connaître la raison de cette manière d’agir. Il est comme un piège qui ignore tout du gibier car il n’est qu’un instrument et ne connaît pas la finalité. Quelle curieuse chose qu’un piège ! Il fonctionne mais n’en retire aucun profit.

   Ô mon frère ! Tu as réuni autour de toi tous tes amis. Tu as passé de bons moments avec eux puis, tu les as tués ! Depuis que tu es au monde, tu ne fais que cela. Tu essaies d’attraper les gens avec le piège de l’amitié. Mais, tu n’obtiendras rien de ton entourage. Une grande partie de ta vie s’est déjà écoulée. La nuit est en train de tomber et toi, tu songes encore à poser tes pièges ! Tu captures une bête, tu en libères une autre. C’est là le jeu d’un enfant ignorant. Quand viendra la nuit, tous tes pièges seront vides. Tout ceci n’est qu’un boulet, une entrave qui gêne ta marche. Tu te prends à ton propre piège et te prives de tes possibilités ! A-t-on jamais eu connaissance d’un chasseur victime de ses propres pièges ?

   Le seul gibier intéressant, c’est l’amour. Mais quel est le piège qui sert à sa capture ? Mieux vaut tomber dans les pièges de l’amour. Laisse tes pièges et va vers les siens.

   En ce moment même, l’amour me glisse à l’oreille cette vérité : « Il vaut mieux être le gibier que le chasseur. » (3)

 

*La Marre

Un jour, un faucon dit à un canard :
– Viens habiter dans la prairie. Tu y connaîtras le bonheur. Quitte ta mare pour venir avec moi !
Le canard répond :
– Va-t’en ! Pour ceux de mon espèce, l’eau est le château fort de la joie.
Pour le canard de notre ego, Satan est comme le faucon. Regardes-y à deux fois avant de quitter ta mare ! (4)

Ô toi asservi au froid de l’hiver comme le corbeau
Tu es privé du rossignol, de la roseraie et du jardin
Écoute ! Si par négligence tu laisses échapper cet instant
Tu feras bien des recherches, avec cent yeux et cent flambeaux. (5)

Il y a un canard au-dedans de toi.
Son bec ne connais  jamais de repos,
fouillant dans l’ humide comme dans le sec,
tel un voleur dans une maison vide,
qui fourre tous les objets dans son sac,
perles, pois chiches, ou n’importe quoi …
pensant sans cesse « Il n’ y a plus de temps.
Je n’aurai jamais une autre chance. » (6)

Nous finirons avec ce verset du noble Coran :

 « Et quand Abraham dit: «Seigneur! Montre-moi comment Tu ressuscites les morts», Allah dit: «Ne crois-tu pas encore?» «Si ! dit Abraham; mais que mon cœur soit rassuré».
Prends donc, dit Allah, quatre oiseaux, apprivoise-les (et coupe les) puis, sur des monts préparés, mets-en un fragment ensuite appelle-les : ils viendront à toi en toute hâte. Et sache qu’Allah est Puissant et ont Sage.»
(7)

Rûmi nous enseigne donc que couper le cou de ces quatre oiseaux revient à purifier son caractère. A polir et nettoyer son coeur de ses quatre taches jusqu’à le rendre lisse tel un miroir qui  pourra accueillir le reflet de La Lumière Divine. « Cherche en toi, ces quatre oiseaux sacrifie- les pour pouvoir t’envoler. »

 

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