Shahada et Soufisme

Du témoignage à la contemplation : le Soufisme au secours de la shâhâda.

Ashhadu an lâ ilâha illa Allah. Voilà la première partie d’une phrase que tout musulman doit absolument dire au moins une fois : La Shaâda. Cette phrase est considérée comme la porte par laquelle passe tout être humain pour affirmer son islam, ou pour se convertir en cette religion.  Elle est souvent traduite en français par : Je témoigne qu’il n’a de divinité qu’Allah. Mais que témoignons-nous exactement ? Savons-nous précisément, au moins, le sens le plus littéral de ce que nous disons ?  Lorsque je témoigne d’une chose c’est bien parce que je l’ai vue. Avons-nous vraiment vu Dieu dont nous témoignons l’Unicité et l’Unité ?

Les réponses à ces questions montrent tout simplement que la plus part de nos témoignages ne sont pas du tout sincères. Et c’est exactement cela qui donne au soufisme toute son importance.

Si nous remontons à l’âge d’Or, avant la chute de l’Homme, et avant que la Tradition Primordiale ne devienne quelque chose qu’il faut rechercher, l’Homme avait témoigné l’Unicité du Divin comme le montre le verset suivant : «  Et quand ton Seigneur tira une descendance des reins des fils d’Adam et les fit témoigner sur eux-mêmes: 
«Ne suis-Je pas votre Seigneur?» Ils répondirent: «Mais si, nous en témoignons..» Ce témoignage était tout à fait véridique et authentique, tout simplement parce que l’Homme était toujours en face de la Face de Dieu, contemplait toujours Sa beauté. Lorsque Dieu nous fit descendre du Paradis Céleste, il nous a laissé notre État Pure Primordial qu’il faut chercher à travers les traditions spirituelles. Que faut-il faire pour retrouver cet état qui est en permanence avec le divin, et qu’il faut essayer de trouver, comme l’avait dit Éva de-Vitray Méyérovitch (qu’Allah l’agrée), au plus profond de nous, pour que notre attestation de foi ne soit que des mots prononcés ?

C’est le Soufisme qui nous donne la solution. En effet le Tasawwuf est la dimension intérieure, spirituelle, de l’islam dont le projet métaphysique comme l’affirme Éric Géoffroy, le détermine « à opérer un retour (…) à la source, une réintégration de la Tradition adamique primordiale» ; alors à l’état dans lequel nous nous trouvions lorsque nous  avons, pour la première fois, témoigné en présence de Dieu.

Pour effectuer ce retour, il est nécessaire de purifier son cœur et son âme. Concernant cela, Jésus dit « Heureux ce qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !». D’ailleurs le mot tasawwuf est lié au mot safâ’ qui signifie en arabe la pureté. Rendre l’âme pure est la solution pour que la shahâda soit véridique.

Dans notre époque post-modern, il est constaté par les spécialistes, tel qu’Éric Géoffroy, que la Voie présente moins d’exigences. Ainsi, vivre une vie soufie comme le faisaient les pieux prédécesseurs, semble être impossible.

 Pour que ce retour à l’État Pure soit possible dans notre époque,  Cheikh Khaled Bentounes retient deux choses qu’il appelle les deux voies du sacré, Le fikr et le dhikr, la méditation et le souvenir de Dieu par la langue (à noter que le dernier terme, dhikr, signifie, à la fois, Invocation de Dieu, et Souvenir). Ces deux exercices proposés par le soufisme, permettent à l’homme (surtout l’homme moderne qui n’est plus capable de vivre pleinement le soufisme) de purifier son cœur, et de devenir un homme réalisé, retourné à sa Nature Adamique. Cette purification de l’âme, et l’anéantissement de l’égo, font de l’aspirant un Soufi qui, selon Dhûl-Nûn al-Misrî, quand il parle, sa parole reflète la réalité de son état, ce qui veut dire qu’il ne dit rien qu’il n’est pas, (alors, lorsqu’il témoigne qu’il n y a de divinité qu’Allah, son témoignage est véridique), et quand il est silencieux, son état proclame qu’il a brisé tous les liens de ce monde.

Lorsque l’être humain arrive à ce stade de réalisation spirituelle, « il ne voit dans les deux mondes rien d’autre que Dieu », et la shahada ne serait plus une formule rituelle que l’on récite, mais elle devient « une réalité pleinement vécue ». Et seulement dans ce cas, l’homme pourrait faire un témoignage véridique.

Le soufisme permet de passer de la shahâda à la mushâhada, du témoignage simple à la contemplation vécue.

 

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